La presse

Ce samedi au festival, avec le soleil revenu à Moissac, a débuté par un moment intense à la chapelle de l’ancien séminaire. Lorsque deux virtuoses inspirés entrent dans une telle synergie, au service, non de l’esbroufe mais de la mise à nu de l’âme, on tutoie le génie. La voix et les percussions corporelles de Paloma Pradal ont su domestiquer, dans cette joute sur le fil du rasoir, la guitare libérée et extravertie de Sébastien Giniaux, pour le meilleur. Une musique profonde, andalouse, sud-américaine, africaine, européenne (emprunts à Brel et Nougaro), agrémentée de la kora de Sefondi Konyaté au rappel, qui a fini dompté par ce petit bout de femme de 25 ans, si belle, dans sa simplicité et sa sobriété.

Un concert tout simplement exceptionnel, à tirer des larmes.

 

Soirée au cloître.

En soirée, c’est dans l’écrin millénaire du cloître que le festival a (enfin) pris ces quartiers d’été. Entame en douceur avec Mayra Andrade dans ce cadre magnifique, avec une musique légère teintée d’accents cap-verdiens (les origines de l’artiste) et caribéens, avec ce qu’il faut de modernité, de sensualité suggérée, bien aidée par la remarquable concision des musiciens. Le concert se terminera par une belle ode à tous les déracinés, et un public debout devant cette artiste pétrie de talent.

Avec Térez Montcalm, changement de paradigme, et retour à certains fondamentaux. Ainsi, pas une once d’électronique sur scène, un concert à l’ancienne, dans une douce fièvre aux accents bluesy et jazzy. La voix de la Québécoise est un régal de rugosité acidulée (cette province du Québec a décidément un secret de fabrique), les musiciens sont monstrueux de précision et de toucher, on aurait pu juste espérer peut-être un peu plus de folie, un peu moins de retenue dans le croisement des guitares. Mais peu importe et ne mégotons pas, la soirée a été belle, terminée comme un clin d’œil par le thème final du «Hey Joe» de Jimi Hendrix. Paloma, Mayra, Térez… Ce samedi, au festival des Voix, des Lieux… des Mondes, au cœur du périmètre abbatial de Moissac, les femmes ont montré le chemin…