«Les Nuits barbares» ont fait rêver le hall de Paris

Hervé Koubi est un esthète, et chacun de ses voyages chorégraphiques porte en lui sa merveilleuse lumière. Les 14 danseurs de sa compagnie étaient, ce jeudi, sur la scène du Hall de Paris pour les «Nuits barbares», une plongée initiatique dans notre histoire collective inconsciente autour de la Méditerranée, mère nourricière. Au départ, les hommes sont casqués d’or et de diamant, mais les masques évoquent également une formidable bête cornue, de ces animaux mythiques de la haute antiquité. Les danseurs n’ont de cesse de se combattre et de se rassembler, tout à la fois belligérants et camarades, comme un raccourci à la dualité humaine… Puis les masques tombent, ainsi que les étoffes, pour dévoiler ces hommes maintenant en jean pour des figures évoquant presque le hip-hop… Ce monde méditerranéen est passé au XXIe siècle, mais la dualité humaine subsiste encore… La musique électro vient se mêler aux sons du Maghreb et de la musique classique, dans cette lumière dorée évoquant l’enchaînement des déserts de l’Afrique et de l’Orient… On est subjugués par la prouesse et la beauté de ces 14 danseurs, recrutés par Hervé Koubi il y a quelques années dans les rues d’Alger et d’ailleurs. On est époustouflés par la précision de la mise en scène, l’économie heureuse d’effets, et la magnifique lumière. Osons l’oxymore : le spectacle est d’un raffinement animal. Car ces hommes éphèbes respirent, transpirent, crient parfois. Ils sont l’Humanité. Le public finit tous debout à applaudir à tout rompre ce spectacle qui perdurera encore bien longtemps dans les esprits. Une spectatrice les larmes presque aux yeux lance un «c’est énorme» qui résume à-peu-près tout : la beauté parle ici à notre mémoire lointaine inscrite dans le creuset méditerranéen, jusqu’à l’émotion.